samedi 3 janvier 2015

Jour 1 : Le Puy en Velay - Saint Privat d'Allier



Jour 1 : Mardi 30 Septembre 2014
Le Puy en Velay (Hte Loire) –St Privat d’Allier (Hte Loire)          Distance à parcourir 23,5 km



Lever 6 heures. Je sors à 6h55 et ai du mal à trouver la cathédrale dans la nuit. Elle est juste à côté, mais on y entre par une toute petite entrée à cette heure matinale. J’y retrouve une religieuse de mon gite. C’est la Saint Jérôme, qui a traduit la Bible en latin à partir de textes grecs et hébreux. Le prêtre incite à lire la Bible avec l’Esprit saint pour éclairer le lecteur. Pas mal pour un catholique ! Il adhère donc à Vatican 2. Lors de la communion, il explique très bien qui y a droit. C’est très bien, car il admet ainsi la présence de non-catholiques romains à sa messe. A la fin de la messe, il organise un petit rassemblement de la quinzaine de pèlerins présents, chacun précisant son prénom et sa destination finale (en fait il manque une demi-douzaine de randonneurs du GR 65, que nous connaîtrons ultérieurement). Beaucoup visent Conques ; nous ne sommes que 2 pour Saint jean Pied de Port. Il remet à chacun une médaille présentant sur une face la coquille Saint Jacques et sur l’autre la vierge du Puy. Comme je porte ma croix huguenote autour du cou, j’y ajouterai cette médaille en mettant la coquille face visible. Il proposait aussi un chapelet, que je n’ai pas pris car trop catholique. 




A la librairie, on nous vend la crédentiale pour 5€, elle est déjà tamponnée, il suffira d’ajouter la date de départ. A 8h15, nous sortons par les grandes portes maintenant ouvertes ; il fait jour, mais il bruine. Cela durera jusqu’à midi.


En fait, il pleut si peu que l’on est mieux en polaire sans K-way. Car en marchant, le K-way enferme la transpiration et mouille les vêtements par l’intérieur. Les rues du Puy sont glissantes, car mouillées et en pente, la prudence s’impose. 






 
On trouve rapidement les balises et c’est la première montée pour sortir de la ville sombre et embrumée. En passant une boutique pour randonneurs annonce la distance à parcourir (1522 km), mais il fait si sombre que la photo sera un peu floue





 



Certains chemins seront transformés en ruisseaux, mais j’arriverai à ne pas mouiller mes chaussures.





 









 ça avance !!








Au bord du chemin : un four banal qui vient d’être rénové









On note la couleur de murs en roches volcaniques noires

Village Arverne :
 






Altitude  1034 m






Peu avant Monbonnet :   Chapelle St Roch ((km 14,5)  Rapide pause déjeuner
Chapelle romane du XIième siècle, d’abord dédiée à St Jacques, puis à St Roch, lors de l’extension du culte de ce saint, devenu patron des pèlerins au 17ième siècle.


 


Dans cette église, 2 jolies statues de saints avec des explications intéressantes.











                          Sainte Bonnette                                                                                Saint Bonnet
Sainte Bonnette ; elle était gardienne d’oies. En allant prier sur la tombe de St Julien de Brioude, elle aperçut les normands remontant l’Allier ; elle donna l’alerte et sauve Brioude
Saint Bonnet : issu d’une riche famille d’Auvergne au VIIième siècle, il fut appelé à la cour du roi de France Sigebert II. Il devint gouverneur de Provence et évêque de Clermont-Ferrand.
Ce saint aurait donné son nom au village (Mont Bonnet)


Les monts du Velay : ici, le plateau du Devès compte plus de 150 cônes de scories d'origines stromboliennes.
Les premières éruptions sont datées de 6 millions d'années (Ma) mais l'essentiel de l'activité volcanique s'est produite entre - 3,5 et - 0,6 Ma, avec deux paroxysmes à – 2 et -1 Ma.
Belle terre volcanique noire ; idéale pour la culture des lentilles.






Au cours de cette journée, chacun allait à son rythme et avait pour objectif d’arriver, car pour une première étape, c’était d’un bon niveau. Montbonnet pouvait accueillir ceux qui n’en pouvaient plus, mais il semble qu’il n’y ait pas eu de problèmes. Une canadienne qui avait réservé à Monbonnet a annulé sa réservation et a continué jusqu’à St Privat d’Allier. 
Je l’ai entraînée à l'Accueil Pèlerin de Jean Marc Lucien (Le Chemin du Bonheur) chez qui j’étais arrivé à 14h55 alors qu’il ouvrait son accueil à 15h00 ! C’est un accueil chrétien et il a en effet été fraternel et de qualité. Pas de viande, mais fromage et fruits bio en dessert. Diner convivial avec les hôtes, qui est l’occasion de connaître certains compagnons de marche. Entre autres, la vendéenne Marie-Paule. Demi-pension pour 30€. Ce couple est le responsable catholique de la paroisse. Pour les liaisons téléphoniques avec Free, excellente réception d’un émetteur Free sur le parvis de l’église ; rien ailleurs. Je profite d’un moment tranquille pour commence la lecture de l’Apocalypse dans la Bible que j’ai emportée.

Ne pas oublier de faire tamponner son "crédential" au gite !!


L’église de st Privat d’Allier









N.B. : Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le ruisseau qui traverse le village n’est pas l’Allier.







Jour 0 : Avignon - Le Puy en Velay



Lundi 29 Septembre 2014



Départ d’Avignon par un temps orageux. J'ai le sac à dos pour le matériel de nuit et une "besace" pour le matériel de route : nourriture, une des bouteilles d'eau, guides. Cette besace intriguera beaucoup, mais elle permettait de faire plein de choses sans m'arrêter ou avoir à décharger le sac à dos. 
Dominique est aux Angles chez notre fille  pour aider, car les jumelles ont attrapé un virus qui dégénère. Comme c’était une épidémie là-bas, j’ai fui la maison des Angles et ai évité la contamination (elle aura lieu à mon retour, mais cela ne posera plus de problèmes). A 11h32, le Bus 16 me prend à La Bégude(Commune de Rochefort du Gard) et me descend à la gare d'Avignon Centre, d’où le Bus 10 m’emmène à Avignon TGV avec une bonne avance.
A 13h30, premier TGV pour Nantes, qui me déposera à Lyon La Part Dieu. En le quittant, je trouve, abandonné un livre Pocket "Mémoire d’un paysan bas-breton". Il n’est pas lourd et me permettra peut-être de mieux comprendre ce peuple souvent agité. A Lyon, temps ; il pleuvasse et j’apprendrai plus tard qu’il a beaucoup plu dans le Velay ce jour-là. A 15h18, je prends un second TGV venant de Paris pour St Étienne;  il quitte la région lyonnaise à petite vitesse. Mes 3 sudokus étant terminés, je vais m’intéresser aux bretons. 15h43, à Saint Étienne, mon train est supprimé et remplacé à 16h15 par un train pour Firminy (ancien siège du groupe Creusot-Loire, qui me vendait les fours Adamel de mes labos de 1970 à 1976), où un car nous attendra. Il remplacera le train, car les travaux de rénovation de la voie ont du retard. Arrivée au Puy en Velay à 18h44 au lieu de 17h20.
Vu ce retard de 1h30, j’ai prévenu la Maison St François ; du coup, ils me prépareront un généreux plateau repas. Mais ces 2 heures de montée dans Haute Loire se feront avec un vieux monsieur que j’ai rencontré dans le train et qui sera à mes côtés dans le car. Dans la vie active, il organisait des voyages et il m’a commenté toute la route : barrages, châteaux, abbayes, truites, baignades, …Entre 2 curiosités touristiques, des considérations économiques : le Caprice des Dieux créés par la famille Bongrain et qui a fait sa fortune; les inondations de la Loire en 1981, qui ont entraîné 70 camions Berliet tous neuf dans la rivière ; les 35 heures … Il m’explique aussi qu’il a dirigé avec passion une école professionnelle privée, qui casait bien ses élèves à la sortie.
Arrivés au Puy en Velay, il m’accompagne, me montre où il habite et m’explique mon chemin à travers un labyrinthe de petites rues montantes. Il m’aurait bien fait visiter le Puy le lendemain et me quitte en me disant  "Méfiez-vous ! Les volcans se réveilleront peut être cette nuit ! " C’est sûr, nous sommes en pleine zone volcanique. Je vais d’ailleurs dormir au sommet d’un reste de cheminée de volcan à 2 pas de la cathédrale et de la statue de la Vierge. Super logement monastique à l’"Accueil Saint François" pour 27€ en demi-pension. En arrivant, on m’explique tout : messe à 7 heures à la cathédrale juste à côté. Au diner, sur mon plateau, un plat de lentilles du Velay !
Le petit déjeuner m’attendra dans une petite cuisine de la maison.

Le Chemin suivi et pourquoi ????



Comment: 
J'ai choisi sans hésiter la Voie du Puy, car, je voulais parcourir des contrées les moins civilisées possibles, pour être proche de la Nature. En plus, il parait que coté hébergement, c'est le meilleur; et trouver un toit chaque soir est une Préoccupation.




Arrivé à Conques, on arrive dans le Sud Ouest; suivre l'itinéraire orange par Cahors et Moissac


Au total, cela fera dans les 730 km et cela peut se parcourir en 4 semaines


Pourquoi : 
La chronique que j'ai rédigée à partir de mes notes, prises au jour le jour,  fait 113 pages en format Word. Cette page, je l'ai écrite en dernier, car ce n'est pas la plus simple.



Marcher jusqu'à Compostelle, Pourquoi ? Quelques bribes de réponse.

Je ne saurais dire depuis combien de temps j'ai cette idée dans la tête, en fait nous avions cette idée, ma femme et moi, et depuis longtemps, car je me souviens avoir acheté sans hésiter chez un soldeur de la rue de Rivoli à Paris le livre de Pierre Barret et Jean-Noël Gurgand "Priez pour nous à Compostelle", paru en 1978 chez France Loisirs. Ce devait être au début des années 80 et cela a été spontané pour moi, donc le projet était déjà dans ma tête. Comme nous avions 3 enfants à élever, le livre a échoué dans la bibliothèque, en "orbite d'attente" comme on dit en astronautique.
Plus tard, ma femme m'a offert un porte clés avec une coquille St Jacques en m'expliquant que c'était à cause de ce projet. Ce porte-clés, je l'ai toujours.
En Mai 2012, mon épouse, jeune retraitée de 61 ans dina chez une ancienne collègue de travail, qui lui raconta qu'elle revenait de Compostelle. Elle avait parcouru le Chemin d'une seule traite en se faisant porter sons sac. Très rapidement, mon épouse commença à se préparer. Nous achetâmes sur internet, fin juin, du matériel "extra light; pendant les vacances, elle s'équipa de chaussures et de chaussettes au Sport 2000 de Pineuilh(33). Elle découvrit par hasard le guide Michelin de la partie française et début Octobre 2012, elle partit avec un sac de 3,5 kg pour une première partie de 3 semaines jusqu'à Aire sur l'Adour. Elle finira le trajet au printemps 2013.
Je n'étais pas en retraite et je l'ai laissée "vivre sa vie", mais j'avais aussi le "virus" et le fait qu'elle l'ait fait m'a renforcé dans mon idée. J'ai ressorti mon vieux sac de randonnée Lafuma, qui dormait au sous-sol depuis 1981 et je me suis équipé au printemps 2014. J'ai testé l'équipement à Versailles un beau jour de Juin en partant de chez moi et en faisant 2 fois le tour du Grand Canal (17 km); seul soucis: pas assez d'eau emportée; j'ai donc ajouté un flacon à l'équipement. C'est ainsi que, mis à la retraite à 66 ans fin Août 2014 après 42 ans d'enseignement universitaire de la chimie, je suis parti fin Septembre 2014 d'Avignon pour des raisons de commodité familiale.
Cela n'explique toujours pas le "pourquoi". Ce n'est sûrement pas pour obtenir la "Compostella", qui est obtenue même si l'on ne parcourt que les 100 derniers km! En plus, étant Protestant, ce diplôme n'est pas essentiel pour moi. C'est un peu comme l'"Appel du Large" pour les marins. On a envie de parcourir de grands espaces dans les pas des pèlerins d'autrefois, ces "Fous de Dieu" pacifiques, qui faisaient l'aller et retour dans des conditions beaucoup plus hasardeuses que maintenant. Il parait qu'ils parcouraient 60 km par jour; alors pour nous 35 km, c'est un maximum raisonnable. Ils y allaient pour satisfaire un vœu ou expier un pêcher... Ce n'est pas mon cas en tout cas même si j'ai pas été parfait au cours des 66 ans passés.

Il y a actuellement plusieurs façons de parcourir ce Chemin (qui est aussi le chemin de Grande Randonnée GR65), mais en ce qui me concerne, cela doit être fait dans la simplicité pour l'hébergement ou pour la nourriture et en portant mon sac de 6/7 kg (parce que j'ai la chance de pouvoir le faire physiquement). Ceci dit à mon âge, je ne ferai pas de camping; je chercherai un dortoir tous les soirs et je prendrai la demi-pension quand cela m'arrangera pour éviter de transporter trop de nourriture quand il y aura des problèmes de ravitaillement. 
D'autres personnes (pèlerins ou pas) parcourent ce Chemin différemment, c'est leur affaire et je respecte évidemment leur choix.


 Du coté de Miramont-Sensacq, j'ai trouvé cette jolie plaque dont j'ai transcrit le texte





Qui saura jamais dire combien d'hommes et de femmes, de jacquets, cheminèrent sur ce gigantesque sablier que sont les Chemins de St Jacques, et qui convergent vers la lointaine Galice ?
Malgré la poussière et la boue sur les cailloux des chemins, bravant les dangers des hommes, des loups et des rivières en crues. Ils avaient le regard rivé sur la voie lactée qui, mystérieusement, leur rappelait chaque soir la direction à suivre.
Riches et pauvres avec pour seul bagage leur bourdon, une besace, un long mantel de laine sombre et un écrit du curé, ils marchaient.
Dans l'espoir de ménager leurs pauvres chaussures, ils préféraient aller pieds nus sur les mauvais passages. Un pèlerin, cela prie d'abord avec ses pieds.
Mais que cherchaient-ils ? La rémission de quelque terrible faute, leur place au paradis ?
Par ce calvaire volontaire, certains voulaient remercier pour un enfant sauvé de la maladie ou un vœu formulé sur un champ de bataille. Pour quelques uns, le pèlerinage était une sentence pénale; pour d'autres, il répondait seulement à une envie de découvrir le monde…
Mille pèlerins, ce sont mille raisons d'aller là-bas !
Et que rencontraient-ils en Galice ? Eux-mêmes, à n'en pas douter.
Le reste concerne seulement leur conscience. Bonne route, pécheurs de l'Absolu !